[Volte-face] Usurpation d’identité : « L’Etat n’est pas en mesure de lutter »

Dalila Bouhezila, présidente de l’association « On a volé mon identité », raconte son calvaire et juge sévèrement la loi instituant une carte d’identité biométrique.

France-Soir : Vous avez été vous même victime d’usurpation d’identité?
Dalila Bouhezila : J’ai découvert qu’on avait volé mon identité en octobre 1998, en allant à la mairie chercher un extrait de naissance pour me marier. L’officier d’état-civil m’a annoncé que j’étais déjà mariée ! Ce qui était faux. Après des recherches, il est apparu que la mairie avait envoyé deux extraits de naissance à une boîte postale à Paris, après une demande par courrier. Même si dans cette demande, il y avait des erreurs sur ma date de naissance, même si contrairement à la loi, la personne qui avait demandé ces papiers n’avait pas joint de copie de pièce d’identité. Et avec ce simple papier on peut obtenir une carte d’identité, se marier, se pacser, déclarer des enfants, acheter des immeubles, contracter des prêts, et j’en passe… J’ai mis six ans à faire annuler ce mariage, et encore, je me bats toujours pour qu’il n’apparaisse pas sur mon état-civil. Là, c’est comme si j’avais divorcé, alors que je ne m’étais pas mariée. La justice et l’Etat font face à un vide juridique.

F.S. : S’agit-il d’actes isolés ou d’une délinquance organisée?
D. B. : Après ma plainte, la police de l’air et des frontières est remontée jusqu’à une femme, en prison à Fleury-Mérogis pour trafic de stupéfiants et proxénétisme. J’étais sa troisième victime. Dans mon cas, elle voulait donner la nationalité française à un homme, par mariage, mais sans « salir » son identité à elle. Ce qui est sûr, c’est que je ne me suis pas fait voler de papiers, je n’en ai pas perdu non plus. Quelqu’un a collecté des informations sur moi, avec peut-être même une complicité dans la mairie. C’est une technique bien conçue, bien organisée. Ce ne sont pas de banals délinquants qui font ça, mais des cerveaux criminels. Par exemple, il y a quelques mois, à Roubaix, un homme a ouvert une fausse agence de recrutement. Il a contacté le Pôle emploi, qui lui a envoyé des candidats pour des emplois. Il y a 32 victimes, qui ont rempli des formulaires, donné leurs papiers. L’homme a ensuite disparu avec ces identités. Ce n’est pas rien, de monter une arnaque comme ça, et on soupçonne cet homme de faire partie d’un réseau organisé.

F.S. : Quelle est l’ampleur de ce phénomène?
D. B. :On estime qu’il y a entre 210.000 et 220.000 victimes d’usurpation d’identité. Ce sont des personnes âgées qui voient les huissiers débarquer chez eux, des personnes qui découvrent en voyageant à l’étranger qu’il y a un mandat d’arrêt contre eux, comme Salim Mourad Cherif qui a été arrêté aux Etats-Unis. Il y a des gens dans notre association qui ont perdu leur emploi, leur logement, qui sont condamnés à des peines de prison ou de grosses amendes, qui reçoivent des factures, qui se retrouvent interdits bancaires à la Banque de France… Et puis il y a beaucoup d’escroqueries aux prestations sociales qui sont faites par usurpation d’identité. Vous ne pouvez pas imaginer l’enfer que ça représente, la peur au ventre qu’on a quand on s’aperçoit de ça. D’autant que le problème est minimisé par l’Etat. En France, l’usurpation d’identité est punie d’un an de prison. Au Canada, par exemple, c’est dix ans. Alors que ça nuit aux personnes, à l’économie du pays, à la sécurité intérieure aussi. Je peux vous dire qu’aujourd’hui l’Etat n’est pas armé pour lutter. Je vais saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour montrer que la justice française n’est pas compétente.

F.S. : Pourtant, le ministère de l’Intérieur vient d’annoncer la création d’une carte d’identité biométrique…
D. B. : Cette mesure, elle n’est pas bienvenue pour moi. Un fichier, ça reste une base de données. Au moment des débats sur cette loi, il y avait la question de savoir si on associait un « lien fort », c’est-à-dire un accès des agents de force publique à toutes les données biométriques contenues dans la carte, ou un « lien faible », avec un accès restreint à ces données. Je pense que le « lien faible » était approprié, et c’est le « lien fort » qui est passé. Avec un risque non négligeable de piratage, de revente de données. On dit que la biométrie est infalsifiable, or on a déjà vu des passeports biométriques falsifiés. Pour moi la priorité c’était de protéger l’état-civil : plus de moyens humains pour veiller aux documents, plus de vigilance du personnel, plus d’information dans les mairies.

F.S. : Comment s’en prémunir?
D. B. : En étant vigilant. Ne jamais jeter des documents. Éviter les achats sur Internet, même sur des sites sécurisés. Sur Facebook, ne pas mettre sa date de naissance, son parcours scolaire. Dans une administration, ne pas laisser le personnel s’absenter avec votre pièce d’identité. Faire attention en recevant des amis : souvent, ce sont des gens très proches qui vont usurper votre identité. À la piscine ou au sport, éviter de laisser ses papiers au vestiaire…

(francesoir.fr)

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3 Responses to [Volte-face] Usurpation d’identité : « L’Etat n’est pas en mesure de lutter »

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