[Une de moins] La mort de Thérèse Delpech

Elle était une experte reconnue des affaires stratégiques.

La mort de Thérèse Delpech (actualisé)

On apprend la disparition de Thérèse Delpech à l’âge de 63 ans. D’une santé fragile, elle est morte ce matin à son domicile parisien.

Thérèse Delpech était une personnalité marquante du monde de la stratégie. Normalienne, agrégée de philosophie, spécialiste de Saint Anselme et grande lectrice de Léo Strauss, elle se passionne très tôt pour les affaires stratégiques et les questions internationales.

Elle a occupé de nombreux postes d’influence, notamment celui de Directeur de la prospective au CEA (direction des applications militaires). Spécialiste des affaires nucléaires, elle avait siégé à la commission des Nations Unies sur le désarmement de l’Irak. Chercheur au Ceri (science-po), à l’IISS de Londres, elle avait été membre de la commission du Livre blanc sur la défense, en 2007-08. Elle était régulièrement consultée par les grands responsables militaires et diplomatiques de notre pays.

Elle avait été membre du cabinet d’Alain Savary (1981-84) puis de celui d’Alain Juppé au Quai d’Orsay (1993-95). Un ministre de gauche, un ministre de droite : pour Thérèse Delpech, les clivages politiques français ne comptaient pas.

Cette intellectuelle, fille d’un diplomate versaillais et qui avait été la compagne de l’historien François Furet, était pourtant quelqu’un de très engagé, toujours avec passion, parfois de manière excessive. Au fil des ans, elle en est venue à s’inscrire pleinement, sans jamais le reconnaitre officiellement, dans la ligne du courant néo-conservateur. Loin de l’école réaliste, qu’elle trouvait immorale, cette protestante croyait vraiment dans l’impératif de défendre les droits de l’homme et la démocratie libérale. Cette passion politique la conduit à soutenir l’intervention américaine en Irak, en 2003, et à considerer que les politiques occidentales étaient toujours trop complaisantes avec la Russie, la Chine, l’Iran ou le Pakistan. Elle ne se lassait pas de sonner le tocsin contre la prolifération nucléaire.

Parmi ses nombreux livres, on retiendra surtout « L’Ensauvagement : essai sur le retour de la barbarie au XXIe siècle« , (Grasset, 2005) qui avait obtenu le Prix Fémina.

Elle apparait de la BD de Lanzac et Blain, « Quai d’Orsay » (deuxième tome, qui vient de paraître) sous le nom d’Hélène Buffetault « la meilleure specialiste des questions nucléaires » qui jette un froid dans une réunion de diplomates…

Personnalité attachante, véritable humaniste sous des aspects parfois très durs, sa disparition, à 63 ans, est un coup dur qui rappelle celle, en 2010, d’Oilvier Debouzy, avec lequel elle partageait les mêmes passions et un parcours atypique.

(blogsecretdefense) 18 Janvier 2012

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