[Google God] Mobile World Congress 2012 : Le guide du futur informatique d’Eric Schmidt

« Le Guide du Voyageur Intergalactique est mon ouvrage de science-fiction préféré. Et la science-fiction est déjà là. » a déclaré Eric Schmidt lors de son désormais traditionnel keynote du Mobile World Congress. C’est à un véritable essai de futurologie que s’est prêté le président du conseil d’administration de Google au cours d’une intervention de 45 minutes d’une densité rare.
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« Des centaines de millions de personnes n’ont pas de smartphones et n’ont jamais entendu parler du débat Android contre iOS que j’aime tant » : Eric Schmidt, après avoir laissé Hugo Berro faire une démonstration de Chrome pour Android, a tenu à parler de la « fracture numérique » séparant les deux milliards de personnes connectées des cinq milliards de personnes restant à connecter. « Il faut être réaliste, il y a une véritable fracture numérique », explique-t-il en employant le ton prophétique qu’il manipule à merveille : « mais les cinq milliards de personnes à connecter sont une formidable occasion de nouveautés, de changement dans le monde. »

Cette fracture numérique sépare trois groupes. Le premier, celui des ultra-connectés, est une véritable élite technologique — le 1 % informatique, même si Schmidt ne l’a pas présenté de cette manière, disposant d’énormes avantages : de bonnes conditions de vie (démocratie, accès à l’éducation, etc.) et la volonté et les moyens de les conserver. Pour ce groupe, le futur n’a pas de limites : si l’on en croit l’exécutif de Google, la loi de Moore promet une croissance illimitée et l’éthique est une valeur relative. Ce groupe n’est pas seulement constitué de primo-adoptants : il est constitué par les personnes définissant le futur de l’informatique, de la technologie et des réseaux, à commencer par ceux qui peuvent débourser les milliers d’euros que coûte la place pour assister au keynote d’Eric Schmidt.

D’ici 2020, ce groupe aura accès à des systèmes de présence virtuelle : si l’on est coincé à un endroit pour des raisons professionnelles, on pourra envoyer un robot au concert que l’on aurait sinon manqué. Des systèmes sonores de grande qualité, des mécanismes de projection holographique et des technologies de retour tactile et sensoriel pourront vous faire « vivre » à distance ce concert. Les guillemets ne sont pas venus de Schmidt, mais de certaines voix dans la salle, qui émettait des réserves à la fois techniques et éthiques. « Il y a cette idée perpétuelle que la technologie isole les gens, c’est faux ! Les gens sont plus connectés que jamais avec la technologie. […] Ils sont connectés différemment certes, mais connectés. […] On pourra baisser le son du concert, c’est super bien ! Et je n’oblige personne : vous pouvez choisir… de ne pas y aller ! Et les appareils ont toujours un bouton d’extinction, toujours, même si je vous conseille de toujours laisser vos appareils Android allumés. »

« Des personnes sont inspirées par des personnes comme Steve Jobs, qui pensent que la technologie peut faire évoluer la société » : Schmidt cite celui que certains considèrent comme le gourou d’Apple pour établir une vision presque religieuse de la technologie. Comme IBM, Google se présente comme une société traitant de grands volumes de données : absorber ces données et faire progresser les systèmes de traitement permet de tirer de meilleurs modèles économiques, médicaux, pédagogiques, voire politiques grâce à la plus grande transparence de l’open data. À cette entrée de la technologie par le haut répond une prolifération de la technologie par le bas, dans les vêtements intelligents, les voitures à pilotes automatiques, les maisons connectées, etc. : « la technologie va disparaître : elle devient une partie intégrante de la vie quotidienne ». Plus fiable, plus facile à utiliser, plus transparente, elle serait comme essentielle au progrès : « le web, qui supporte cette technologie et lui fournit des données, sera tout et rien à la fois, comme l’électricité, il sera toujours là. Les gens croiront tout simplement en la technologie, ils auront plus facilement foi en elle. »

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Le deuxième groupe est celui des contributeurs : il représente une sorte de classe moyenne technologique, les deux milliards de connectés d’aujourd’hui. Ce deuxième groupe a grandi avec la technologie et pourra profiter de toutes ces avancées, mais avec un petit délai ou sur un segment moins évolué : au lieu de posséder les systèmes de présence virtuelle, les membres de ce groupe commenceront par les louer, avant d’en acheter les premiers modèles grand public. Il y a à l’intérieur même de ce groupe diverses fractures, à la fois socio-économiques et intellectuelles, une des plus importantes étant sans doute celles entre ceux qui conçoivent (10 %) et ceux qui consomment (90 %).

Ceux qui conçoivent pourront ces prochaines décennies être toujours plus innovants tout en prenant de moins en moins de risques : le nuage, alimenté par des données et servi par une véritable intelligence artificielle, pourra être utilisé comme une grille de calcul pour répondre à des questions, établir des stratégies. On a ainsi clairement entendu Schmidt expliquer que Google allait de moins en moins être un moteur de recherche et de plus en plus un moteur de connaissances à la manière de Wolfram Alpha. La barrière d’entrée limitant l’accès à l’entreprenariat sera ainsi plus basse, et les risques plus limités, un moyen d’encore favoriser la croissance de cette classe moyenne.

Ceux qui consomment le feront moins par connaissance que par intuition, mais ils seront de plus en plus des consommateurs éclairés et régis par des valeurs qui seront comme un garde-fou constant. Schmidt est néanmoins très clair sur le besoin croissant des entreprises à acquérir des données pour établir des modèles et fournir des résultats plus personnalisés. Si l’exécutif de Google assure avoir le plus grand respect pour la vie privée des utilisateurs de ses services, il semble estimer qu’il s’agit d’une variable ajustable : si Google prouve qu’elle protège bien les données, alors les gens en donneront toujours plus, et Google pourra toujours plus améliorer son service… et la finesse du ciblage de ses publicités, qui représente 97 à 98 % de son chiffre d’affaires. « Vous pourrez toujours choisir d’utiliser Google de manière anonyme […], et on essaiera alors de faire de notre mieux. Mais je pense que plus de monde préférera être connecté, afin que nous sachions le plus de choses possibles et que nous puissions ainsi personnaliser les résultats. »

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Le futur peint par Eric Schmidt ne fait pas intervenir les gouvernements, une absence qui a été remarquée : il parle des technologies, aux mains d’entreprises privées, et de leurs usages, dans les mains des utilisateurs. Quand leur rôle de citoyen est évoqué, c’est pour parler des révoltes arabes ou de la situation en Syrie… c’est-à-dire du renversement des gouvernements. L’ancien PDG de Google a été extrêmement critique envers le régulateur : « il a tendance à réguler le présent plutôt que le futur », les causes plutôt que les effets. Il est difficile de ne pas lui donner raison quand, évoquant les différentes lois visant à réguler ou censurer Internet, il dit : « il est inutile de réguler des technologies, elles avancent et contournent la loi. Si vous voulez réguler, régulez une idée, comme le respect de la vie privée, et les technologies seront limitées par un cadre. »

Il a ensuite été particulièrement virulent à l’encontre de l’Union internationale des télécommunications sur la question de la gouvernance de l’Internet : ce réseau est aujourd’hui géré par un ensemble d’organismes privés, il pourrait être de plus en plus réglementé par l’agence de réglementation et des planifications des télécommunications à l’échelle mondiale de l’ONU. « Si le système actuel de gestion d’Internet fonctionne, autant ne pas y toucher. Je ne serais jamais assez clair : l’UIT peut tuer Internet en le fragmentant […] il y a un risque de balkanisation de l’Internet avec des réglementations différentes selon les régions. L’UIT apparaît comme une bonne idée, mais elle est à l’inverse de ce qui a fait Internet. » On l’aura compris, Schmidt n’a pas mentionné les gouvernements, car il ne croit pas en leur pertinence dans la gestion des technologies… et ne tient pas à les subir en tant que représentant d’une entreprise.

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Le troisième groupe, enfin, est constitué par la majorité aspirant au progrès, les cinq milliards d’utilisateurs non connectés d’aujourd’hui. « Le futur ne peut pas seulement être imaginé à partir du passé. » a expliqué Schmidt, persuadé que ces cinq milliards ne connaîtront jamais le PC, mais auront dans vingt ans des smartphones aussi puissants que ceux que les deux premiers groupes utilisent aujourd’hui. « À la croissance actuelle, Android sera dans chaque poche […] il faudra bientôt produire plus d’humains si l’on veut leur fournir toujours plus d’appareils Android ! » De la même manière, ces cinq milliards de personnes n’auront pas forcément accès au réseau de la même manière que nous : Eric Schdmit a repris à son compte une idée de Nicholas Negroponte et du projet OLPC d’ordinateur pour les pays développés sans jamais les nommer, celles du réseau mesh pair-à-pair.

Au lieu que tous les ordinateurs soient connectés à un nœud central d’accès au réseau, le réseau mesh connecte tous les ordinateurs entre eux en une longue chaîne qui est in fine connectée au réseau. L’envoi d’un SMS pourrait ainsi ne plus nécessiter la connexion aux serveurs d’un opérateur : si vous souhaitez joindre un membre de votre famille à l’autre bout du village, votre message va passer silencieusement de téléphone en téléphone jusqu’à atteindre celui de votre destinataire. Dans cette configuration, Internet au sens strict du terme est inutile : un serveur central peut à la limite être ponctuellement synchronisé avec le réseau, mais les données peuvent être partagées entre tous. Le projet OLPC permet ainsi à chaque ordinateur d’embarquer quelques livres électroniques ; tous les ordinateurs communiquant les uns avec les autres, chacun a accès à l’ensemble des livres de la communauté, une véritable bibliothèque qu’un seul ordinateur ne pourrait contenir. La synchronisation de ce réseau mesh avec le réseau maître, Internet, peut maintenir à jour ces contenus. Les réseaux mesh ont un avantage énorme : ils sont peu chers et faciles à maintenir, extrêmement adaptés aux contraintes géographiques des lieux les plus reculés, et ne nécessitent pas d’augmenter énormément la bande-passante disponible puisqu’elle est répartie.

« La technologie donne le pouvoir, et le pouvoir donne le choix », tel est le résumé de l’intervention de Schmidt. En peignant un futur positif et positiviste baigné de technologie, l’exécutif de Google se fait prophète d’un monde où la dictature aura été éradiquée par l’accès ouvert aux données et les appareils photo des smartphones. « Il y aura toujours des élites », tempère-t-il : le fossé entre le premier et le troisième groupe persistera, même si dans le meilleur des cas, il sera réduit. « Les gouvernements chercheront toujours à censurer Internet, mais Internet est comme l’eau, il s’infiltre partout et trouve toujours un moyen de fuir » : Schmidt, finissant par s’établir comme le leader d’une révolution technologique, a appelé ses masses à être une conscience planétaire mettant la pression aux élites « pour éviter le renouvellement d’une caste qui contrôlerait Internet ». L’enjeu est tout simplement le futur de l’humanité

(macgeneration.com)

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